Saint François de Sales, évêque et docteur de l’Eglise (1567-1622) Fêté le 24 janvier

francois_de_sales_96_01François naquit en Savoie le 21 août 1567. Ordonné évêque de Genève (1602) il donna toute son activité apostolique pour ramener à la foi catholique la population du Chablais qui était passée à la Réforme protestante. Par ses activités multiformes, il éduqua le peuple chrétien, en montrant les chemins de la spiritualité adaptables à tous les choix de vie.

Il se dévoua totalement à sa mission de pasteur, se faisant simple avec les simples, discutant de théologie avec les protestants, initiant à la « vie dévote » les âmes désireuses de servir le Christ, leur ouvrant les secrets de l’amour de Dieu, attentif à mettre la vie spirituelle à la portée des laïcs et à rendre la dévotion aimable. Il valorisa la presse, promut le travail et la culture, traitant chacun avec une sage douceur et une grande bonté.
Il mourut à Lyon le 28 décembre 1622. Il fut béatifié le 8 janvier 1662 et canonisé le 19 avril 1665 par Alexandre VII et Pie IX le proclama docteur de l’Eglise en 1877 (« Docteur de l’Amour »).
Si la tradition d’une rencontre avec Saint Philippe Néri, François encore jeune et Philippe devenu âgé, n’est plus soutenable aujourd’hui à la lumière de la critique historique, ses liens d’amitié avec le Bienheureux Jean Giovenale Ancina sont certains. A la communauté sacerdotale qu’il fonda à Thonon, il voulut donner la forme d’un Oratoire philippin et il en fut le premier supérieur. Pour cette raison, les Pères de l’Oratoire ont toujours été très liés à ce saint, le considérant d’une certaine façon l’un de leur « confrère », en en célébrant la fête, dans les Congrégations les plus anciennes, comme celle d’un membre de l’Oratoire.

Du « Traité de l’amour de Dieu » de Saint François de Sales, évêque. (Livre VI, cap. 12).

                         Ce qui n’est pas Dieu n’est rien pour moi.

Mon âme, dit l’amante sacrée, s’est toute fondue à même que mon bien-aimé a parlé (Cant 5,6). Et qu’est-ce à dire, elle s’est fondue, sinon elle ne s’est plus contenue en elle-même, ainsi s’est écoulée devers son divin amant? Dieu ordonna à Moïse qu’il parlât au rocher, et qu’il produirait des eaux (Nb 20,8) ; ce n’est donc pas merveille si lui-même fit fondre l’âme son amante, lorsqu’il lui parlait en sa douceur. Le baume est si épais de sa nature, qu’il n’est point fluide ni coulant, et plus il est gardé, plus il s’épaissit, et enfin s’endurcit, devenant rouge et transparent ; mais la chaleur le dissout et le rend fluide. L’amour avait rendu l’époux fluide et coulant, dont l’épouse l’appelle une huile répandue. Et voilà que maintenant elle assure qu’elle-même est toute fondue d’amour : Mon âme, dit-elle, s’est écoulée, lorsque mon bien-aimé a parlé (Cant 1,2). L’amour de l’époux était dans son coeur et dans son sein, comme un vin nouveau bien puissant qui ne peut être retenu dans son tonneau, car il se répandait de toutes parts, et parce que l’âme suit son amour, après que l’épouse a dit : Vos mamelles sont meilleures que le vin, répandant des onguents précieux, elle ajoute : Votre nom est comme une huile répandue (Cant 1,2). Et comme l’époux aurait répandu son amour et son âme dans le coeur de l’épouse ; aussi l’épouse réciproquement verse son âme dans le coeur de l’époux. Et comme l’on voit qu’un bornal (= couteau) touché des rayons ardents sort de soi-même et quitte sa forme pour s’écouler devers l’endroit duquel les rayons le touchent; ainsi l’âme de cette amante s’écoula du côté de la voix de son bien-aimé, sortant d’elle-même et des limites de son être naturel, pour suivre celui qui lui parlait.
Mais comme se fait cet écoulement sacré de l’âme en son bien-aimé? Une extrême complaisance de l’amant en la chose aimée produit une certaine impuissance spirituelle qui fait que l’âme ne se sent plus aucun pouvoir de demeurer en soi-même. C’est pourquoi, comme un baume fondu qui n’a plus de fermeté ni de solidité, elle se laisse aller et écouler en ce qu’elle aime; elle ne se jette pas par manière d’élancement, ni elle ne se serre pas par manière d’union, mais elle se va doucement coulant, comme une chose fluide et liquide, dedans la Divinité qu’elle aime. Et comme nous voyons que les nuées épaissies par le vent du midi, se fondant et convertissant en pluie, ne peuvent plus demeurer en elles-mêmes, ains tombent et s’écoulent en bas, se mêlant si intimement avec la terre qu’elles détrempent, qu’elles ne sont p1us qu’une même chose avec icelle; ainsi l’âme, laquelle, quoique aimante, demeurait encore en elle-même, sort par cet écoulement sacré et fluidité sainte, et se quitte soi-même, non seulement pour s’unir au bien-aimé, mais pour se mêler toute et se détremper avec lui.
Vous voyez donc bien, Théotime, que l’écoulement d’une âme en son Dieu n’est autre chose qu’une véritable extase, par laquelle l’âme est toute hors des bornes de son maintien naturel, toute mêlée, absorbée et engloutie en son Dieu, dont il arrive que ceux qui parviennent à ce saint excès de l’amour divin, étant par après revenus à eux, ne voient rien en la terre qui les contente, et vivant en un extrême anéantissement d’eux-mêmes, demeurent fort alangouris en tout ce qui appartient aux sens, et ont perpétuellement au coeur la maxime de la bienheureuse vierge Thérèse de Jésus: Ce qui n’est pas Dieu ne m’est rien. Et semble que telle fut la passion amoureuse de ce grand ami du bien-aimé, qui disait: Je vis, mais non pas moi, aine Jésus-Christ vit en moi (Gal 2,20); et notre vie est cachée avec Jésus-Christ en Dieu (Col 3,3)), Car, dites-moi, je vous prie, Théotime, si une goutte d’eau élémentaire jetée dans un océan d’eau de naffe (= eau de senteur dont la base est la fleur d’oranger) était vivante et qu’elle pût parler et dire l’état auquel elle serait, ne crierait-elle pas de grande joie : O mortels, je vis voirement (= véritablement, d’une manière vraie), mais je ne vis pas moi-même, ains cet océan vit en moi, et ma vie est cachée en cet abîme.
L’âme écoulée en Dieu ne meurt pas ; car comme pourrait-elle mourir d’être abîmée en la vie? Mais elle vit sans vivre en elle-même, parce que comme les étoiles, sans perdre leur lumière, ne luisent plus en la présence du soleil, ains le soleil luit en elles, et sont cachées en la lumière du soleil, aussi l’âme, sans perdre sa vie, ne vit plus étant mêlée avec Dieu, ains Dieu vit en elle. Tels furent, je pense, les sentiments des grands bienheureux Philippe Néri
et François Xavier, quand, accablés des consolations célestes, ils demandaient à Dieu qu’il se retirât pour un peu d’eux, puisqu’il voulait que leur vie parût aussi encore un peu au monde, ce qui ne se pouvait tandis qu’elle était toute cachée et absorbée en Dieu.
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