Des écrits du Bienheureux John-Henry Newman

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Apologia pro vita sua.

Depuis le moment où je suis devenu catholique, je n’ai évidemment plus de récit à faire sur l’histoire de mes idées religieuses. Je ne veux pas dire par là que mon esprit soit resté oisif, ni que j’aie abandonné l’étude des sujet théologiques, mais je n’ai pas eu à constater que mes convictions aient varié, et mon cœur n’a été troublé par aucune sorte d’inquiétude. J’ai été dans un état de paix et de satisfaction parfaite, je n’ai jamais eu un seul doute. Lors de ma conversion, je n’ai pas eu conscience qu’un changement intellectuel ou moral s’opérât dans mon esprit. Je ne me sentais ni une foi plus ferme dans les vérités fondamentales de la Révélation, ni plus d’empire sur moi-même ; je n’avais pas plus de ferveur, mais il me semblait rentrer au port après avoir traversé une tempête, et la joie que j’en ai ressentie dure encore aujourd’hui sans qu’elle ait été interrompue.

Je n’ai eu non plus aucune peine à adopter les articles nouveaux qui ne se trouvent pas dans le credo anglican ; je croyais déjà à certains d’entre eux, mais aucun ne fut pour moi une épreuve, et j’en fis profession lors de mon entrée dans l’Église catholique, avec la plus grande facilité, tout comme je crois encore en eux aujourd’hui. Naturellement, je suis loin de nier que chaque article du Credo chrétien, tel que l’entendent les catholiques ou les protestants, ne soit entouré de beaucoup de difficultés intellectuelles ; et, c’est un fait bien clair, que pour ma part, je ne puis les résoudre. Beaucoup de personnes sont très sensibles aux difficultés de la religion ; je le suis aussi, et autant qu’aucune d’elles ; mais il ne m’a jamais été possible d’établir un lien entre le fait de saisir ces difficultés, si vives, si étendues soient-elles, et celui que de mettre en doute la doctrine correspondante. Suivant moi, dix mille difficultés ne font pas un doute ; difficulté et doute sont incommensurables. On peut avoir assurément des difficultés pour prouver qu’il faut admettre une doctrine ; mais je veux parler, en ce moment, des difficultés qui sont intérieures aux doctrines elles-mêmes ou qui concernent leurs relations mutuelles. Un homme peut être contrarié de ne pas savoir résoudre un problème de mathématiques dont la solution lui est ou ne lui est pas donnée, sans douter pour cela que le problème ait une solution ou que telle solution déterminée soit la vraie. De tous les articles de foi, l’existence d’un Dieu est, suivant moi, celui qui soulève le plus de difficultés et celui qui, cependant, s’impose à nos esprits avec le plus de puissance.
Il y en a qui trouvent la doctrine de la transsubstantiation difficile à croire ; je n’y ai pas cru moi-même avant d’être catholique, mais je n’eux aucune difficulté à y croire dès que je fus persuadé que l’Église catholique romaine était l’oracle de Dieu, et que, d’après ses déclarations, cette doctrine fait partie de la révélation originelle. C’est difficile et même impossible à imaginer, je l’accorde : mais est-ce difficile à croire ? […]
Je crois tout le dogme révélé comme enseigné par les apôtres, confié par eux à l’Église, et imposé par l’Église à moi-même. Je le prends tel qu’il est infailliblement interprété par l’autorité à laquelle il a été confié, et (implicitement) tel qu’il sera interprété de nouveau par cette même autorité, jusqu’à la fin des temps. De plus, je me soumets aux traditions de l’Église universellement reçues, dans lesquelles se trouve la matière des nouvelles définitions dogmatiques qui sont faites de temps à autre, et qui sont à toutes les époques, la façon de présenter et d’expliquer le dogme catholique déjà défini. Je me soumets également à ces autres décisions du Saint-Siège, théologiques ou non, transmises par les organes qu’il a lui-même désignés, décisions qui ont le droit de se présenter à moi en demandant à être reconnues et obéies, même si j’écarte la question de leur infaillibilité et qu’elles se présentent avec des titres très modestes à mon assentiment. J’admets aussi, qu’au cours des âges, la recherche de a vérité catholique a pris peu à peu certaines formes déterminées, et s’est constituée comme une science, avec une méthode et un vocabulaire qui lui sont propres, sous la direction intellectuelle de grands esprits tels que saint Athanase, saint Augustin ou saint Thomas ; je ne sens nullement tenté de mettre en pièces ce legs intellectuel qui nous a été transmis pour les temps présents.
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