La nouvelle évangélisation dans une perspective oratorienne

 La nouvelle évangélisation dans une perspective oratorienne 

 par T.R.P.  Mario Avilés, C.O., Procureur général de l’Oratoire, le samedi 9 mai 

(Traduction P. Christian Pradeau, oratoire d’Hyères)

st philippe jubile

Avant de parler de la nouvelle évangélisation dans une perspective oratorienne, il nous faut nous poser une question : Où  (évangéliser) ? En suivant l’exemple de Saint Philippe, la réponse s’impose d’elle-même : chez soi !

« Tes Indes sont à Rome »

St Philippe avait un instinctivement un sens missionnaire très fort. Il désirait grandement porter le message de l’Evangile aux gens. Au départ, il s’était focalisé sur les missions à l’étranger, mais il fut amené à réaliser que son propre peuple avait besoin d’être (ré) évangélisé tout autant que les populations d’Indes. Dans quel état était la religion à l’époque de St Philippe pour qu’il réalise que ses Indes étaient à Rome ?

Si l’on remonte dans l’histoire, nous pouvons voir quelle Rome rencontra St Philippe quand il arriva autour de 1533, six années seulement après le sac de Rome de 1527.  Avant la victoire impériale, Rome comptait une population de plus de 50 000 habitants . Cependant, en 1528,  il ne restait plus que 10 000 habitants. Cela prendrait plus de 70 ans pour qu’elle redevienne prospère.  Quand St Philippe arrive en 1533, il rencontre une ville et une population encore ébranlées par la destruction et le saccage de la ville. Un cynisme s’était développé, et la pratique de la religion était faible, d’autant que beaucoup attribuaient le sac de Rome de 1527 à la corruption et l’immoralité du clergé. En 1538, St Philippe commence à prendre soin de beaucoup de pauvres et de malades de la ville. Il menait une vie austère et se dévouait aux autres. St Philippe croyait profondément que les gens de Rome avaient besoin d’un clergé proche d’eux dans leur pauvreté et leur souffrance. C’est ce service qui fait de St Philippe un missionnaire exemplaire. C’est aussi un type de ministère dont nos villes ont besoin aujourd’hui. Nous nous trouvons de nos jours à une époque similaire :  niveau très bas de la pratique religieuse, destruction et saccage de l’édifice spirituel de la vie des gens. Tout comme St Philippe entreprit une reconstruction générale, de même l’Oratoire est appelé au même type d’activités missionnaires et de proximité des gens de notre temps.
Nos Indes à nous sont  à Nancy, Dijon , Hyères ou l’Isle Adam, en suivant l’exemple de St Philippe dans la prière, la liturgie, la confession, la prédication, et la spiritualité de la Rencontre.
La Prière
“ Il nous a rassemblés dans la maison de la prière”.  Comme oratoriens nous devrions nourrir notre vie de prière quotidienne par le contact familier avec la Parole de Dieu, cultivant une vie spirituelle riche et profonde. St Philippe, quand il arriva à Rome, passa beaucoup de temps en prière et en solitude, comme une sorte de préparation pour la mission qu’il entreprendrait. Au bout d’un certain temps, il commença consciencieusement  des études de philosophie et de théologie, devenant un étudiant de renom. Beaucoup voyaient alors émerger en lui un étudiant prometteur. Nous savons que St Philippe changea brusquement son orientation  et se mit à servir les pauvres et les malades, passant toutes ses journées aux services des autres. Le soir, cependant, on pouvait le trouver en prière au porche des églises ou dans les catacombes, se préparant au travail du lendemain. Nous pourrions dire que St Philippe était un mystique de haut niveau. Sa vie de prière intense le préparait à l’expérience de sa grande Pentecôte de 1544 qui changea profondément sa vie. Il est clair que la prière est le composant essentiel de la sainteté personnelle et de l’activité missionnaire. Le génie de St Philippe était d’apporter les Saintes Ecritures à l’esprit et au cœurs des fidèles. Il faut que la lecture la Parole de Dieu soit faite en profondeur et d’une manière familière, pour permettre à chacun d’entre nous de faire l’expérience  de son efficacité de réparation et de sanctification dans nos vies. Le contact familier veut dire ‘une réelle familiarité avec’, ce qui n’est pas simplement le résultat du fait de la lire, mais aussi de l’étudier, de lire les commentaires bibliques ( en s’assurant qu’ils soient bons et en accord avec la doctrine de l’Eglise), et pour ceux qui en ont la capacité, de faire même des études spécialisées en Ecriture Sainte. Il y a plusieurs manières d’atteindre cette familiarité avec la Parole de Dieu, je me limiterai à une : la Bible comme Lecture Spirituelle.
La plupart du temps, quand nous pensons à une lecture spirituelle, nous pensons à des livres ou des traités sur des sujets spirituels. Puisque le but de la lecture spirituelle est de nourrir l’âme et d’élever notre cœur vers Dieu, et puisque elle est une préparation pour la prière et le recueillement intérieur, la Sainte Parole de Dieu est le Livre de base pour la lecture spirituelle. C’est par cette familiarité avec la Parole de Dieu que notre saint Père Philippe a atteint de tels sommets dans les expériences mystiques et un profond amour de Dieu. C’est après d’innombrables heures de prières que St Philippe était prêt pour son activité missionnaire.
La liturgie
La prière étant au cœur de l’évangélisation, l’activité missionnaire de St Philippe à Rome avait son point de départ dans le Saint Sacrifice de la messe, qui est le sommet par excellence de la prière de l’Eglise, et qui doit être à l’honneur dans nos Oratoires « là où sont nos Indes ». Tant de gens ont mortellement faim de beauté et de splendeur, ce que précisément la Sainte Liturgie, célébrée dignement et avec respect, a à offrir à cette génération .
Nous pourrions appeler ceci La Nouvelle Evangélisation liturgique, dans laquelle nous permettons à la Sainte Liturgie de nous communiquer le Christ au moyen d’une langue qui lui est entièrement propre, un langage fait de signes et de symboles, de musique qui nous élève, de gestes rituels, une langue qui ne parle pas simplement à l’homme dûment préparé et catéchisé, mais une langue inégalée par son éloquence et sa signification.
La confession
St Philippe, le second apôtre de Rome, évangélisa des milliers de personnes, aussi bien ceux frappés par la plus grande pauvreté que ceux étant aux échelons les plus élevés du pouvoir, incluant des papes, et cela en les engageant à une conversion à changer de vie, par des catéchèses et différents discours, et par la belle musique. Cependant, son but principal était d’amener les gens à la conversion jusqu’au confessionnal. St Philippe gagna le cœur des gens avec son tendre amour et son sens de l’humour. Le Confessionnal était son instrument pour susciter chez les gens un retour à la vie chrétienne. Le Saint-Père, le Pape François, dans sa bulle d’indiction «  Miséricordiae Vultus » nous a appelés à célébrer un jubilé extraordinaire de la miséricorde. Nous sommes appelés, dans l’esprit de St Philippe, à aider les gens à se détourner du péché et à se tourner vers Dieu, expérimentant ainsi l’amour du Père de Miséricorde qui nous serre dans ses bras, et ce dans le sacrement de Réconciliation. C’était dans le confessionnal, le trône de miséricorde de Dieu , que St Philippe toucha tant de vies et les amena à la conversion. Le confessionnal est le lieu, comme le disait le Saint Pape Jean-Paul II, où se déploient de nouvelles ardeurs, de nouvelles formes d’ expression et de nouvelles méthodes d’évangélisation. Puissent vos oratoires être ces lieux de conversion et de rencontre durant le 5ème centenaire de la naissance de Saint Philippe.
La prédication
Le Pape François a souvent parlé de l’importance  d’une prédication saine et solide, mais aussi prenant en compte la dimension affective, une prédication qui attire à la fois le cœur et la tête, et qui harmonise la saine doctrine et le sens pastoral, choses qui normalement ne peuvent jamais être vraiment en conflit. St Philippe avait vu l’importance de catéchiser  en prêchant le message  de l’Evangile et en utilisant de nouvelles méthodes et formes d’expression.
La spiritualité de la rencontre
Un des mots qui résonnent dans l’Eglise aujourd’hui, grâce au Pape François, est l’idée de Rencontre. Un ministère de  rencontre des périphéries, spécialement  les pauvres et les personnes marginalisées. Comment St Philippe a-t-il démarré son ministère au milieu du XVIème siècle ? Il commença par rencontrer les gens de la manière la plus directe possible. Une sorte de ministère de la relation, en allant là où, à ce moment-là, les gens avaient tendance à se rassembler : les rues et les places. Il recherchait les opportunités d’engager la conversation, et il amenait, par des questions et des suggestions, à envisager un style de vie nouveau et meilleur. Son humour, son amitié et sa amabilité, sa chaleur et son contact personnel influencèrent beaucoup à abandonner leur vie insouciante.  Il ne se contentait pas simplement de créer une relation personnelle pour leur salut, mais rapidement il amenait les gens à servir et à prier. Il impliquait les gens dans des apostolats auprès des malades et des pauvres, et rendait populaires les dévotions telles que l’Adoration Eucharistique et la visite aux Sept Eglises. St Philippe ne faisait pas cela tout seul. Il avait le Christ. C’était St Philippe et le Christ qui rencontraient une foule innombrable de gens.
 
La spiritualité de la rencontre est essentielle aux Oratoriens dans leur imitation de St Philippe. Nous sommes appelés à suivre st Philippe , et chacun de nous, à partir ensemble avec le Christ à la rencontre des gens là où ils sont, avec notre amitié et notre bonté, avec notre chaleur et notre contact personnel.
Puisse cette célébration du jubilé servir de « catalyseur » et nous renouvelle dans notre engagement pour la nouvelle Evangélisation.

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